Masqué, Tome 1 de Lehman et Créty

18 jan
18 janvier 2012

Sur la frontière russo-géorgienne, un incident étrange est survenu, connu désormais sous le nom « d’incident 41″. Alors que les FFSC (Forces Françaises de Stabilisation dans le Caucase) sont sur les lieux, chargées d’étudier une anomalie, l’équipe est presque totalement détruite par un drone de combat. Les deux survivants, Frank Braffort et Melissa Taleb ne doivent finalement leur salut qu’à l’intervention d’un individu volant, portant une cape rouge…

Les années ont passé, Braffort et Taleb ont quitté l’armée. Alors que l’une s’est retrouvée enfermée dans un hôpital psychiatrique, l’autre s’est retiré chez sa sœur. C’est un vieil ami à lui qui vient le sortir de son isolement, lui proposant un job pour le compte du préfet, dont il devra assurer la protection en cette période d’élections. Ce qu’il ignore, c’est les moyens dont sa cellule va disposer pour mener à bien cette mission…

Masqué est une entreprise collective, fruit d’une véritable équipe de choc qui se plie en quatre pour nous pondre justement 4 albums en un peu plus d’un an. S. Lehman, à qui l’ont doit La Brigade chimérique, au scénario, S. Créty au dessin, J. Hugonnard-Bert à l’encrage, G. Georges à la couleur et B. Carré pour les couvertures. Si, pour plus de simplicité sans doute, seuls deux noms apparaissent sur les couvertures, il faut bien envisager ce projet comme tel. En plus de la naturelle rapidité du dessinateur, cela explique le rythme rapide de parution et coupe directement l’herbe sous le pied de tous ceux qui pouvait crier d’avance au bâclage !

Précision faite, on peut s’attaquer à l’album à proprement parlé. Le monde tel que nous le connaissons a changé, Paris n’est plus vraiment la même. Plusieurs districts, d’immenses grattes-ciel à chaque coin de rue, dans les airs des voitures volantes croisent la route de dirigeables, un immense hologramme qu’on appelle le Fantôme s’affiche au dessus de Montmartre… La ville n’est plus la même. Quand sommes nous, nous l’ignorons. Après le vingtième siècle, voilà bien la seule certitude, mais pas une date précise ne vient nous délivrer la moindre indication…

Le monde décrit, un Paris rétro-futuriste en quelque sorte, est d’une rare cohérence, tant du point de vue de l’idée en elle-même que de l’aspect visible. Un étrange mélange d’éléments issus de plusieurs époques, de plusieurs influences, qui ne tombe pourtant jamais dans l’excès. Ce Paris reste agréablement celui que nous connaissons, avec ses monuments, ses ambiances, tout en ressemblant tout autant à une immense mégalopole américaine. L’idée est originale, intéressante et les décors en sont tout simplement bluffants. Un plaisir pour les yeux, sans pour autant faire dans le tape-à-l’oeil gratuit, c’est plutôt agréable.

Pour l’instant, scénaristiquement, il ne s’agit clairement que d’une mise en place. Encore une fois, de nombreux éléments viennent nous invitent à entrevoir certaines pistes narratives, mais rien de définitif pour l’instant. On pense à différents complots politiques, on entrevoit un historique complet par l’intermédiaire de flash info, on imagine une revisitation du mythe des super-héros grâce à un seul personnage volant, une seule cape rouge entrevue le temps d’une case seulement, rien de plus… On se pose quelques questions sur ce concept d’anomalie, sans avoir de réponse tranchée pour le moment. Une introduction brillante donc et une superbe façon de lancer une histoire en nous tenant en haleine pour la suite à venir…

Le cadre et les personnages étant posés, personnellement, seul un dernier détail pouvait finalement m’empêcher de succomber à cette histoire si prometteuse : le style du dessinateur, avec lequel, a priori, je n’avais pas grande affinité. D’autant qu’après les couvertures de B. Carré, il était dur de soutenir la comparaison. Sauf que justement, la comparaison n’a pas lieu d’être. Car les deux auteurs ne travaillent ici pas de la même façon. Ici (j’insiste sur le « ici », car quand B. Carré veut faire de la BD, il le fait aussi magistralement), l’un fait de l’illustration, l’autre de la bande dessinée, chacun excellant dans son domaine. Si en feuilletant, le style de dessin n’est pas le mien, c’est bien à la lecture que celui prend tout son intérêt. Cadrages, alternance de rythmes, décors assez grandioses finalement, fluidité et dynamisme, tout est géré ici de main de maître. Un grand bravo donc à S. Créty, dont le trait m’a donc d’autant plus plu que je ne m’y attendais vraiment pas !

8,5/10 Une entreprise audacieuse, maîtrisée pourtant dans ses moindres détails, une introduction superbement menée !

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